25 juin 2012

à propos de feu

PLAIDOYER POUR LES TOURS À FEUX (texte paru sur le blog des Quat' Sardines en avril 2012)

Nous sommes sous le règne de Louis XV en 1765, un Concarnois qui se dit négociant va proposer un projet d’éclairage du littoral car, dit-il « Les naufrages qui arrivent presque journellement me frappent et m’intéressent si vivement que j’ai formé aussitôt le dessein de travailler à connaître la cause et cherche les moyens de pouvoir les éviter ou les diminuer ».

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BELLIN, J. N.  Carte réduite des Passages de l' Iroise du Four et du Raz. . . N°27. .. Paris, 1764. Col. 568x870mm. ¤  carte marine du Finistère finement aquarellée, dressée par Jacques Nicolas Bellin, le père, nommé "hydrographe du roy" (1703-1772), et décorée d'un très beau cartouche de titre. Avec le timbre du Dépôt de la Marine . Titre complet : "Carte réduite des passages de l’Iroise du Four et du Raz pour servir aux vaisseaux du Roy dressée au depost des cartes, plans et journaux de la Marine par ordre de M. le Duc de Choiseul Colonel-Général des Suisses et Grisons Ministre de la Guerre et de la Marine par le S. Bellin Ingenieur de la Marine, 1764". Librairie Loeb-Larocque spécialiste en cartes géographiques, atlas et livres de voyages du XVIe au XIXe siècle.


Clément Joseph Landois sieur de Cleumeur, puisque c’est lui, négociant (en réalité afféagiste (1) de son état, c’était  celui qui percevait les taxes pour chaque feu du village) fut aussi porté sur les registres de la Capitation en 1789 comme avocat, cette double profession par le fait que souvent  les avocats étaient aussi « marchands de sardines ». En 1794 il apparaît  comme instiituteur.

Négociant surement, Landois  voit immédiatement le parti qu’il peut tirer de l’installation de tours à feux sur la côte pour la sureté et la facilité de la navigation.

En 1765 il adresse au Duc de Choiseul, alors Ministre de la Marine un mémoire pour l’établissement de feux sur les côtes.

« Les cinq feux que je propose suffisent malgré quelques  mals  intentionnés qui ont projet d’un nouveau plan auquel il ont donné plus de force en proposant un plus grand nombre de feux qui pourraient jeter confusion sur la direction des routes et pour l’Etat et le commerce des frais immenses »

Ces propositions n’ont pas de suite mais Landois persiste et adresse cette fois son mémoire au Duc de Praslin alors ministre de la guerre.

« Le projet que j’ai l’honneur de vous présenter est de la plus grande utilité pour l’Etat, ce projet est digne d’être présenté à un Ministre qui sait réunir l’élévation des sentiments avec l’amour du bien public. 

Les naufrages fréquents entre le Raz de Fontenay (2) et Port louis pendant l’espace de 23 lieues occasionnent une dépopulation, intimident les négociants, arrêtent les entreprises et nuisent évidement à l’exportation et l’importance des denrées.

Tous les dangers sont réunis sur ces côtes impraticables une mer toujours grosse, des brouillards continuels et des chaînes de roches y multiplient les périls contre lesquels l’expérience la plus consommée ne donne que de faibles ressources.

Le seul remède j’ose l’assurer est celui qui faciliterait la connaissance de la côte de Cornouaille et qui ferait trouver un asile dans de très bons ports que presque tous les marins ont jusqu’a présent redoutés.

 

Quatre tours bien éclairées de cinq feux rempliront ces deux projets et rendraient la côte accessible  tant aux vaisseaux de sa Majesté qu’à ceux de la Compagnie des Indes et aux navires marchands de toutes les nations

1 feu sur Ouessant

2 sur la pointe du Raz de Fontenay (2)

1 sur celle de Pen Marc'h

1 sur l’Ile de Penfret, située à 4 lieues des côtes donnerait un feu visible à 5 lieues plus au large ».

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DÉPÔT GÉNÉRAL DE LA MARINE.  6.me Carte Particuliere des Costes de Bretagne depuis la Baye d' Hodierne jusqu' a l' Islede Groa. . . N°26. Paris, 1773. Col. 584x817mm. carte marine publiée dans Le Neptune François ou recueil des cartes marines . Eschelle de 10 lieues marines de France et d'Angleterre de 20 au degré [= 55 cm]. Avec le timbre du Dépôt Général de la marine. Librairie Loeb-Larocque

 

Et c’est la que Landois négociant afféagiste voit l’intérêt  de son projet.

« On pourrait d’ailleurs percevoir une somme modique dans tous les ports de la Manche et du Golfe (de Gascogne) sur tous les vaisseaux qui entreront ou sortiront des ports de cet espace : 5 sous par tonneau pour les bâtiments Français et 10 sous pour ceux de l’étrange ».

En homme avisé et très au courant des règlements maritimes divers Landois déduit tout de suite que cette taxe pourrait être considérée comme « avarie »,le tiers devant être supporté par le bâtiment et les 2/3  par la cargaison. C’est une assurance qui paierait le propriétaire et les chargeurs pour lesquels 40 deniers par tonneau de marchandise dont la valeur  est souvent évaluée entre 1000 et 1200 livres n’est pas un obstacle. 

« Si le Roi ne juge pas à propos d’entreprendre ces établissements je m’engage à conduire à sa perfection ces travaux pourvu que moi et les miens jouissons pendant 409 ans de la taxe qui sera instituée ».

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 Projet pour l’installation d’un feu sur la tour de l’Abbaye de St Mathieu par le Sieur Demain en 1691


Landois  estima  le coût des réalisations comme suit.

Raz de Fontenay (2)  35300 Livres

Penmarc'h                 15.000 livres

Ouessant                     12.000 livres

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BRION DE LA TOUR, L.  Partie de la Bretagne. (28). Paris, Desnos, 1757.  275x363mm.¤ Représente les Ises de Glenan et l'Isle aux Moutons avec une partie du littoral. Tiré du "Recueil des Côtes Maritimes de France" édité chez Desnos. Brion reprend les cartes éditées par Lerouge dans l'atlas du même nom et édité la même année (1757), en y ajoutant un encadrement richement décoré et une indication dans un rectangle.  - Gaudillat, pl. N° 67, 68. Librairie Loeb-Larocque

 

Penfret

La tour devra avoir 60 pieds d’élévation et 16 de diamètre, le foyer et le fourneau 10 pieds d’élévation, puis toute une série de détails sur le logement des gardiens, le chasse marée pour le ravitaillement, l’annexe pour aller à terre et une cale pour le déchargement.

Coût  total pour Penfret  35.000 livres - Coût d’exploitation annuel pour chaque feu : 6.000 livres

Le 17 septembre 1766  le Duc de Praslin répond à Landois

« S’il peut être question de quelque établissement de cette espèces je verrai lequel parti on pourra tiré de vos idées et de vos observations dont je vous suis très obligé de m’avoir fait part ».

Il n’y aura pas de suite au projet de Landois mais il faut reconnaître que les emplacements désignés furent en partie les premiers retenus lors de l’édification des phares actuels, notamment Pen March’ par un décret du Comité de Salut Public du 22 janvier 1794, le Ministre de la Marine étant chargé de la construction.

Penfret    Date d’allumage du feu   1er Octobre 1838  (voir en fin de chapitre)

Dans le Raz de Sein La Vieille sera  construit entre 1882 et 1887, le phare de Sein allumé en 1839

Armen  en 1881 après 14 années de travaux.

A Ouessant l Créac'h en 1831-L’Ile aux Moutons  le 1er Janvier 1879

Des difficultés apparaissent pour la perception des droits entre Régisseurs des Douanes Nationales chargés de la régie de droits sur le commerce et la navigation et les anciens percepteurs des droits de feux, phares et balisages. Par un décret du 28 avril 1793 la convention Nationale confirme son décret du 30 décembre 1792 par lequel les Régisseurs des Douanes percevront également les droits sur les feux et balisages dans les ports, havres et rivières de la République.

Clément Joseph Landois Sieur de Cleumeur, mourra le 4 prairial, an 4 (24 mai 1796) amer que ses projets n’aient pas aboutis et surtout qu’il fut écarté totalement d’entreprendre les travaux.

Sa dernière intervention fut celle au prés de Jean-Bon Saint André chargé de la construction des feux de Pen-March’.

« Je réclame encore avec confiance vos bons offices au prés du Ministre de la Marine afin que si quelque individu peut obtenir quelque place, pour la direction, inspection ou autre emploi, pour ces feux ou pour la facilité des entrées et commodités des ports, je puisse par votre appui en obtenir une, comme fruit d’un travail de dix ans de recherche périlleuses et dispendieuses. » EN VAIN !

Page-5-Signature-de-Landois

Signature de Clément  Joseph Landois Sieur de Cleumeur.



Petit lexique

1-Afféage

Droit  qui était du pour chaque feu d’un village.

Mais aussi afféager aliéner une partie des terres nobles d’un fief pour être tenu en fief ou en roture par l’acquéreur à charge d’une redevance.

Mais aussi terme de marine : droit du pour le séjour d’un navire dans un port selon qu’il est chargé des Naturels  du pays ou par des Etrangers.

2-Raz de Fontenay

Aujourd’hui tout simplement le Raz de Sein. Le nom de Fontenay a disparu de la nomenclature des cartes marines sauf pour une pointe rocheuse à proximité du raz appelée Feunteunod.

Une carte datée de 1584 de l’Italien Ignazio Danti (photo JMR- -Florence 1971) porte la mention Fontenai.

Une autre carte Anglaise établie en 1665 par John Burston porte la mention Foreland Of Fontania

Droit de Fouier

Droit Seigneurial pour l’entretien des foyers des tours tenant lieu de phares.

telegramme-04-11-2001

 rédaction Jean-Michel Robert



Dans la publication "L'archipel des Glénan en Basse-Bretagne" par le Vicomte de Villiers du Terrage

(extrait des Mémoires de l'association bretonnes, Congrès de Concarneau en 1905- imprimé à Saint-Brieuc en 1906 et réédité en 2003 par les édition sLa Découvrance en Charente dans la collection les inédits de Marine), est évoqué la création du phare:

"C'est sur cette île qu'au XVIII siècle, M. de Marolles avait demandé l'établissement pendant six mois d'un feu de charbon pour signaler les écueils. Dans un rapport de frimaire an III, le représentant du peuple Nion réclamait un phare à la pointe sud de Penfret, car il n'en existait alors aucun entre Penmarc'h et la Loire. Beautemps-Beaupré proposa au contraire la pointe Penn-a-Mine, au nord-est de l'île, emplacement qui finalement, fut adopté par la Commission des Phares en 1825, mais c'est seulement en 1836 que les travaux commencèrent. Le feu, allumé le 1er octobre 1838, est placé sur une tour carrée élevée de 86 mètres au dessus du niveau des hautes mers d'équinoxe; sa portée est actuellement de 36 kilomètres.

Ce phare , ainsi qu'il a été dit, se trouve au milieu d'un fort, construit en 1842, classé en 1861, déclassé en 1889, et dont les bâtiments ont été remis au service des phares; Les maçonneries sont en bon état, et il y a une grande citerne qui, si elle était nettoyée régulièrement, permettraient aux habitants de ne pas avoir recours à un pouits dont l'eau est médiocre.

Il existe dans l'île une grande maison pour les gardiens du phare et une petite ferme. Au nord-ouest se trouve un mouillage et une petite cale fréquentée par les yachts de plaisance. A l'est, un autre mouillage par certains vents n'est plus tenable, et doit être abandonné. Une petite cheminée conservée, sert aux marins d'amer.

Au sud de Penfret, se dresse le sémaphore dont le guetteur est chargé d'un service de télégraphe. Un bateau de sauvetage existe dans l'île depuis 1897.

Il y a une carrière de granit exploitée d'une manière intermittente, qui peut fournir de pierres de taille pour les besoins des ports.

Aucune trace de monuments préhistoriques n'a été signalée jusqu'ici dans cette île."



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